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Déchiré
par l'amour de trois femmes Un jeudi soir plutôt froid de la fin janvier. Nous sommes dans l'appartement de Tom Barman, au coeur d'Anvers. Il y fait plutôt tranquille : la conversation se déroule avec en fond sonore Studio Brussel et le bruit des gouttes de pluie ricochant sur les fenêtres. Barman nous a invité pour parler de The Ideal Crash, le nouvel album de son groupe, troisième disque de dEUS après Worst Case Scenario et In A Bar, Under The Sea, vendus mondialement à 150.000 exemplaires chacun. Pour celui-ci, Barman espère réellement faire mieux. Un chiffre avoisinant celui de la somme des deux précédents, par exemple ... D'après certains d'entre nous, il y arrivera sans aucun doute. Tom Barman : Nous avons passé huit mois en studio afin d'enregistrer ce disque, et maintenant, je suis vraiment content de pouvoir en parler aux gens, de préférence avec des personnes qui écouteront l'album de manière "vierge". C'est une musique que tu dois pouvoir absorber, un disque dans lequel tu dois te laisser couler, qu'il faut écouter plusieurs fois pour apprendre à réellement en connaître les chansons. Je trouve d'ailleurs qu'un journaliste musical, dont le job est justement de parler de disques, devrait écouter les CDs de toutes les manières possibles, dans des situations très différentes, également au gré d'humeurs différentes. Tu écoutes une chanson très différemment selon que tu la passes en voiture ou dans ton salon au casque. Je dis ça parce que pour moi, The Ideal Crash est un disque qui pousse, comme une plante. Et aussi parce que lorsqu'on l'a bouclé, j'en ai donné des copies à des amis et à des gens du management. Il ne s'est pas passé cinq jours qu'ils appelaient déjà tous d'eux-mêmes pour dire comme le disque leur plaisait. Et moi, je trouve que c'est finalement beaucoup trop peu comme temps pour se faire une idée d'un album. L'idéal serait alors, bien sûr, de mettre tous les journalistes sur une île déserte avec un walkman sur leur tête ne jouant que la musique de notre nouveau disque. Comment commences-tu la confection d'une chanson ? Barman : Pour ce disque, j'ai vraiment dû me retenir de trop écrire : j'étais vraiment très très loin d'une forme d'angoisse de la page blanche. C'est venu très facilement. Ca semblait couler de source : nous avons beaucoup tourné avec dEUS, nous nous sentions bon comme groupe ; ça devait sortir. Les huit mois passés en studio étaient tout à fait différents. Tout le temps du travail très concentré. Après huit mois, il devenait temps que ça s'arrête. Après ça, je me suis d'ailleurs donné deux semaines où je n'ai fait que sortir et aller à des fêtes. Il fallait que je me décharge. Selon moi, tu dois avoir difficile à vivre sans ressentir une certaine pression. D'ailleurs, tu habites au centre de la ville, un endroit plutôt animé Barman : ouais, mais quand j'ai envie de calme, je peux toujours me retirer dans ma chambre à coucher, qui se trouve à l'arrière du bâtiment et où on n'entend pas beaucoup cette agitation. Moi, ce que je trouve le plus plaisant, c'est de travailler dur en journée et de sortir le soir. Cela signifie aussi que je ne dors pas beaucoup. Les derniers temps, environ quatre à cinq heures par nuit En tant que musicien, rien ne t'oblige à travailler sur l'artwork d'un CD ou de réaliser tes clips mais moi j'aime m'investir dans ce genre de choses. Quand je sais à l'avance que je serai occupé, ce n'est alors pas grave, je ne me plains jamais. Ceci dit, pas plus tard qu'hier, j'étais encore à l'opéra et comme j'avais pas mal travaillé sur un court métrage que je monte pour une exposition, je me suis endormi en plein premier acte (rires) Tu es plutôt oiseau de nuit As-tu des problèmes de boisson ? Barman : Quand boire devient trop une habitude, il faut commencer à faire gaffe, même si ce n'est pas facile. En tournée, je bois sans contrôle. Tu n'as pas vraiment le temps d'aller visiter les villes et donc, tu restes traîner dans les salles à boire de la bière : ta chope dans une main et une clope dans l'autre. J'essaye tout de même de me discipliner. Ne rien boire en journée, seulement commencer vers 7-8h Parce que lorsque tu bois de l'alcool depuis le matin, tu ne vas jamais te mettre à l'eau ou au coca le soir, tu es déjà bien lancé. Pendant que nous étions en Angleterre à mixer notre disque, j'ai aussi redécouvert combien l'eau plate peut être délicieuse. Tu dois savoir que le mixage d'un disque est une chose effroyablement ennuyeuse. On ne fout pas grand-chose, on est juste là à se tourner les pouces et à écouter et réécouter notre travail. Pour une personne aussi nerveuse que moi, c'est un véritable enfer. Il m'est ainsi déjà arrivé de me rendre compte que j'avais fumé six paquets de clopes lors de journées pareilles ou encore bu 4 petites palettes entières d'Ice Tea. J'ai suivi ce régime jusqu'à ce que je me rende compte que j'étais accro au sucre que contient tout ce bazar. L'eau plate est bien plus saine, même si en buvant, t'arrêtes pas d'aller pisser, chaque quart d'heure Revenons à la musique. Tu as beau dire que The Ideal Crash est un disque qui doit mettre du temps à s'imposer, moi, j'y ai avant tout vu une collection de dix chansons pop, catchy au point de pouvoir faire chanter après deux écoutes Barman : Je suis content que tu dises ça. Principalement en Angleterre, on nous considère encore assez souvent comme un groupe très arty alors que nous, nous avons plutôt l'impression d'avoir toujours fait de la pop. C'est même très évident pour moi, surtout quand tu écoutes les mélodies et les refrains Sur In A Bar, Under The Sea, nous avions déjà essayé d'écrire des morceaux normaux et simples. L'idée était de combiner des chansons pop à l'énergie de Worst Case Scenario. Jouez-vous encore des morceaux tels que Zea, votre premier single ? Barman : Jamais. Ce morceau a été livré il y a plus de cinq ans. Il n'y a rien qui cloche, qui nous dérange dans cette chanson, mais nous avons évolué. Right As Rain, qui est la face B de Zea, est un morceau que nous jouons par contre encore assez souvent : lors de sessions acoustiques, lorsqu'on nous demande de faire de telles choses en radio, par exemple Je ne vois pas non plus ce morceau de la même façon que par le passé, quand tu l'écoutes, tu te rends tout de même très vite compte que j'étais à l'époque à fond dans un trip Leonard Cohen, jouant avec les images bibliques. C'est un morceau plaisant à jouer, enfin, plaisant Ca parle tout de même de la mort de mon père. Ca a beau toujours me faire quelque chose, c'est tout de même une chanson que j'aime jouer. T'arrive-t-il encore de te poser des questions avant la sortie d'un album quand à la manière dont les gens vont le recevoir ? D'hésiter ? Barman : Hésiter ? Parfois, il m'arrive bien de craindre l'incompréhension. Ou pire : de penser que je pourrais croire avoir fait un disque fantastique et que tout le monde viendrait me dire le contraire. Ca pourrait arriver, non ? Ca doit être vraiment horrible. Quand tu travailles quasiment un an sur un disque et que tu dois entendre que ça ne ressemble à rien . Je ne peux pas y penser. Evidemment, dans un groupe de rock, tu peux tenter de rectifier le tir si une telle chose arrive, arranger les choses sur scène. C'est quelque chose qui n'est pas possible pour un film, par exemple. Mais on est là embarqués dans une vision très pessimiste. Pour l'instant, tout le monde a l'air de trouver l'album plutôt bon. Vit-on de la musique dans un groupe comme dEUS ? Barman : Ca va. On a passé les huit derniers mois à enregistrer un disque et là, tu ne gagnes naturellement rien, ce qui ne t'empêche pas de devoir payer ton loyer. On reçoit des avances de la firme de disques et les royalties des albums précédents commencent également à rentrer. D'un côté financier, je suis réellement irrécupérable : quand j'ai de l'argent, je le dépense. Parfois même quand je n'en ai pas. J'ai des trous énormes sur mon compte Visa. Penses-tu parfois à la manière dont tu vivras à soixante ans ? Barman : Je n'y ai encore jamais réfléchi. Mais un jour une diseuse de bonne aventure m'a lu les lignes de la main. Selon elle, je ne deviendrai jamais vieux, je passerai même deux ans dans le coma après avoir vu ma vie de déchirer pour l'amour de trois femmes. J'ai demandé si, à part ça, tout irait bien et c'est à ce moment-là qu'elle s'est rendu compte qu'elle venait de lire dans la mauvaise main. La plupart du temps, je me contente de me projeter jusqu'à la fin du mois, même si c'est de plus en plus relatif. Je sais ainsi déjà maintenant où je dois jouer partout l'an prochain et aussi que je serai à nouveau en studio en 2001. Bart Cabanier
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